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Interview de Yann Tiersen
par 99 Octane


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A la fois émouvante et insaisissable, la musique de Yann Tiersen réussit comme aucune autre à nous parachuter dans un mystérieux no-man's land auditif. Elle nous intrigue, mais nous semble familière, à la fois distante et toute proche, à la fois chien et loup. Ses premiers albums (La Valse des Monstres (95), Rue des Cascades (96), Le Phare (97)) développèrent un style essentiellement instrumental, à base de morceaux courts élaborés sur des instruments "classiques" (piano, clavecins, toy piano, violons, accordéon etc.) et passionnément focalisés sur la (mini)mélodie. L'album suivant, Tout est calme (99), enregistré avec ses amis de The Married Monk, allait sonner beaucoup plus Rock, mais il fallait y voir plus un travail de collaboration intense mais temporaire qu'un véritable changement de direction. Par contre, la Black Session de 98 (sortie en CD l'année suivante) serait beaucoup plus éloquente quant aux nouvelles convictions du breton. La voix s'affirmait à cette occasion comme un complément idéal - mais pas indispensable - à ses mélodies, même la sienne. Pour L'Absente, Neil Hannon et Dominique A ont repris du service, et ils ont été rejoints par Lisa Germano et par la comédienne Natacha Régnier, tandis que de nombreux autres invités lui prêtent main forte du côté musical (Les Têtes Raides, Christian Quermalet des Married Monk, Marc Sens, et même un ensemble symphonique). Bref, on n'avait jamais vu autant de monde sur un album de Yann Tiersen. Mais loin de se disloquer en morceaux épars ou de succomber à la folie des grandeurs, il se dégage de L'Absente un équilibre surprenant. On est forcément tenté de vouloir en savoir un peu plus... Mais chut... prêtez bien l'oreille, car il ne parle pas bien fort.


Commençons par le dernier album, sans doute le plus ambitieux, en tout cas le plus foisonnant. Tu es parti d'albums où tu étais quasiment tout seul à celui-ci où tu multiplies les collaborations, comment (pourquoi?) s'est faite cette évolution?
Pour ce qui est de l'arrangement, ou de faire jouer des choses par un orchestre, la raison est purement financière. C'est parce que je n'en avais pas les moyens avant. Je n'ai jamais revendiqué de faire mes machins tout seul. Je suis content d'avoir commencé par ça, maintenant quand je m'amusais à faire moi-même les cordes avant, c'est parce qu'on n'avait pas le fric pour payer des gens pour les jouer à ma place.

Mais au tout début, il y avait une volonté de faire tout seul quand même non?
Non, mais quand je parle de faire tout seul, je parle de l'écriture, ce qui n'a pas changé. Pour cet album j'ai écrit les morceaux et les arrangements et ce n'est qu'après que je me suis dit que j'aurais envie de travailler avec les Têtes Raides, puisqu'on se connaît bien et que j'adore leur façon de bosser. Pareil avec Dominique... Pour Neil Hannon, Lisa Germano ou Natacha [Régnier], c'est parce que j'avais envie de ces voix-là.

Et pour ce qui est du chant, ça faisait longtemps que tu voulais en mettre davantage?
Ça c'est peut-être un élément qui a changé... Au début je voyais plus les choses d'une façon musicale, ou instrumentale plutôt, même si je n'avais pas envie de faire de la musique pour faire de la musique, et que, pour moi, c'était un peu des chansons même s'il n'y avait pas de textes. Petit à petit j'ai plus ressenti l'envie d'écrire.

Ça veut dire que ta vision de tes morceaux a changé?
Non, mais je me suis mis lentement à écrire et maintenant ça fait partie de ce que je fais autant que le reste. Après Tout est calme, je me suis aperçu que je n'avais pas envie de chanter des trucs trop mélodiques, parce que je ne me sentais pas à l'aise. J'aime bien écrire des chansons où il y a de la mélodie, mais je n'ai pas envie de les chanter, je préfère que ce soit Neil Hannon ou Lisa Germano qui le fassent.

Dans ton dossier de presse, tu dis que L'absente est l'album qui te correspond le mieux...
[Moue désapprobatrice] hmmph.

Mais tu as vraiment dit ça ou pas?
Oui, oui en discutant...

Pourquoi alors?
Parce que je pense que tous mes albums parlaient un peu de l'absence, de manque, de la peur du manque...

Manque de quoi?
En général... c'est un état... Et ce sont des choses qui ressortent quand je travaille. Sur celui-là, c'est plus direct, par le titre, par les textes aussi... C'est plus centré là-dessus, parce que les autres albums je les ai quand même enchaînés, et que là j'ai pris du temps. A un moment donné, je n'arrivais plus à travailler et je me suis remis en question. Et forcément quand tu te remets en question, ce sont les trucs les plus viscéraux ou les plus angoissants qui ressortent...

En fait, c'est l'album que tu aurais voulu écrire depuis le début mais que tu n'as pas pu réaliser pour diverses raisons...
Non, non ce n'est pas du tout un aboutissement, j'espère que le meilleur album c'est le prochain. J'aime bien qu'il y ait une évolution et peut-être qu'ensuite les albums parleront moins de ça... Ils ont tous parlé de l'absence jusqu'à maintenant, mais sur celui-ci c'est sans doute fait de manière plus franche.

En ce qui concerne les titres de tes chansons justement, sur tous ces albums ils sont souvent très directs, très simples, du style "article-substantif", et ils peuvent souvent se rapporter à une histoire de couple...
Oui, ce n'est pas forcément autobiographique... Enfin ça l'est, mais pas directement, ce n'est pas forcément un truc qui se passe dans ta vie, là maintenant, et si ça l'est, ça ne concerne que moi. Par contre, ce qui se dégage, cette peur de perdre ou de manquer, ça vient de ma personnalité et ça ressort donc dans ce que je fais.

Et le fait de nommer les morceaux aussi simplement, c'est pour une raison quelconque, par exemple parce que tu considères que ça n'est pas primordial?
Si, au contraire. C'est important... mais pas important à la fois. Je n'ai pas envie d'écrire de longues phrases non plus, j'aime bien les titres comme "L'Absente" parce que c'est assez froid et qu'il y a un peu de recul... Mais ça vient très naturellement.

Mais c'est marrant qu'ils prennent aussi souvent la même forme...
Oui je sais. Je fais attention pourtant maintenant... "A quai", "Tout est calme"... [rires] J'aime bien les choses carrées, alors que je ne suis pas du tout comme ça, justement. Ça me permet de fixer les trucs.

Tu crois que c'est pour t'obliger à te cadrer, pour fixer une idée sur le morceau?
Oui, j'aime bien le côté photo. Mais tu vois pour ce morceau-là, La Lettre d'Explication, l'explication c'est que mon fils a une petite voiture dans laquelle tu peux mettre des objets, genre un triangle, et elle dit "triangle", et c'est ça que j'ai samplé... Et le morceau m'a fait penser à un mec qui écrit une lettre et il n'y a que ça qui sort "triangle... carré... cercle... coeur..." un truc pitoyable... J'aime bien le coeur, c'est un peu niais mais j'aime bien [rires].

Tu avais déjà utilisé la technique du sampling avant?
Là ce n'est pas vraiment du sample, j'ai simplement enregistré les sons et je les ai placés. Par contre au début de ce morceau, il y a un sample que j'ai fait avec un porte-clés sampleur acheté à Singapour, où on avait fait un concert; j'ai samplé le morceau (qui va suivre) et je l'ai mis en intro. Il a un son super crade, et en plus les piles étaient mortes.

Au début de ce morceau il y a aussi un bruit de machine qui s'enclenche...
Oui, ça s'est mon Bontempi, il fait un bordel pas possible quand on l'allume. J'adore ça, j'adore le bruit que ça fait. [rires]

Quand on travaille avec un orchestre [L'Ensemble Symphonique de Vienne Vallée du Rhône], est-ce qu'on n'est pas tenté de trop en faire? C'est toi qui l'a dirigé par exemple?
Dirigé, non. J'ai écrit et arrangé, mais je ne sais pas diriger.

Tu avais pris des cours de direction au Conservatoire pourtant, non?
Oui, mais c'était l'horreur. D'abord parce que je suis super bordélique, et ensuite parce que je ne suis pas quelqu'un de très autoritaire, donc ça me faisait chier. Ce n'est vraiment pas mon truc.

Comment ça s'est passé avec l'orchestre?
Super bien. C'était des gens assez jeunes, vachement ouverts. D'ailleurs pour ce qu'on entend à la fin du morceau avec les Têtes Raides, j'avais juste dit aux membres de l'orchestre qu'ils prennent chacun une note et qu'ils la tiennent de super piano à super fort. C'était marrant parce qu'ils ont joué le jeu, alors qu'ils auraient très bien pu se casser.

Et pourquoi être allé à Vienne?
Non mais attend c'est Vienne en France...[rires] Au début je devais bosser avec un orchestre belge, mais, à la dernière minute, ça ne s'est pas fait. J'ai rencontré ce chef d'orchestre, et ça s'est très bien passé. Je ne voulais pas en mettre partout non plus [de l'orchestre], mais il y a toujours eu des cordes sur mes albums, jamais de cuivres ou de bois donc j'avais envie qu'il y en ait.

On sait qu'après le Conservatoire tu as tourné le dos au Classique et tu es parti jouer dans un groupe de Rock, mais pourquoi es-tu ensuite revenu vers des instruments classiques?
Au début j'ai eu un vieux rejet, donc forcément ce que j'ai fait après c'était en réaction au Conservatoire, et ce n'était pas forcément bien. Je commençais la guitare, je faisais des trucs de bourrin... Et puis j'ai eu un copain qui faisait de la chanson et du coup je me suis remis à faire du violon, de l'accordéon, comme ça... Je me suis senti plus à l'aise, moins enfermé tout d'un coup qu'avec la guitare. Maintenant je suis content d'en rejouer, je n'en fais pas énormément non plus... mais c'est marrant parce que chez moi, c'est ce que j'ai le plus comme instruments.

Et en retrouvant ton cursus initial tu avais dans l'idée de prendre le meilleur des deux mondes ? Tu avais quelles motivations?
En fin de compte c'était tout con. J'avais fait le Conservatoire, ça m'avait apporté plein de choses, ne serait-ce que techniquement, et puis ça m'a permis d'écouter des trucs que je n'aurais peut-être jamais écouté sinon. Après j'ai joué dans des groupes, et puis c'est devenu mon monde, j'allais voir des concerts. Ce que je fais toujours, alors que je ne vais jamais voir de concerts de classique, même si j'adore en écouter. Et ensuite, j'ai continué à faire la même musique mais j'étais plus à l'aise, et je trouvais que ce que je faisais c'était peut-être un peu moins convenu au violon et aux autres instruments que j'utilise, plutôt qu'avec une guitare.

Et c'est là que tu as commencé à écrire ta propre musique?
Il y a eu une période entre les deux... J'ai commencé à faire des maquettes avec des chansons, c'était pitoyable. Après j'ai fait des trucs un peu électroniques, ce n'était pas bien non plus. Et puis un été il m'est arrivé un truc, bon... Je me suis enfermé pendant un mois et je n'ai fait que des morceaux pour piano, des comptines. Et ça m'a débloqué. Suite à ça, des gens que je connaissais et qui faisaient des courts-métrages ou des pièces de théâtre m'ont demandé de les illustrer.


Ça t'intéressait de faire ce travail d'illustration?
En fin de compte, à chaque fois que ça s'est passé c'était toujours en utilisant des morceaux que j'avais déjà. J'ai du mal à me mettre dans un truc, à vraiment illustrer des images. Je fais toujours mes morceaux d'abord et puis après j'essaie plus ou moins de les faire coller.

Tu les adaptes?
Je ne les adapte même pas en fin de compte, ça marche ou ça ne marche pas.

Ce sont des morceaux qui n'ont pas été composés exprès en fait...
Si... si, mais j'ai besoin de m'en détacher. J'ai vachement besoin de me réapproprier le truc. Je ne sais pas écrire un morceau en me disant "ça c'est pour cette scène avec la fille qui pleure". Je m'en fous que la fille pleure. Je vais écrire un truc sur un moment douloureux peut-être, mais qui m'est propre, et puis ça va coller parce que ça évoque le même sentiment.

Il n'y a que comme ça qu'on peut écrire une bonne musique de film de toute façon...
Oui, c'est tout à fait logique en fin de compte. La musique de film je m'en méfie vachement et je n'ai pas forcément envie de faire ça parce que... c'est moins important, même si j'aimerais bien trouver un jour un mec qui me demande de faire des trucs indépendamment, qui ne soient pas collés à l'image. J'ai fait récemment un truc pour Jeunet [la BO du Fabuleux Destin d'Amélie Poulain] et c'est un peu ce qui s'est passé. Il a pris des morceaux des anciens albums et j'ai fait toute une autre partie pour le film. Comme il avait déjà calé les anciens morceaux et que ça collait super bien, je lui ai fait une série d'une quinzaine de titres, sans que les morceaux soient prévus pour telle ou telle scène, et lui il les a pris - ou pas - et il les a mis où il voulait. Ça c'est l'idéal, sinon ça me fait toujours un peu chier, même si des fois ça se passe bien.

Dans les premiers albums, les morceaux étaient relativement courts, pas forcément ce à quoi on s'attend pour des morceaux instrumentaux, comme si tu avais préféré découper un même morceau en plusieurs temps ou mouvements. C'est plus trop le cas maintenant, déjà sans doute à cause du chant...
Mais même les instrumentaux sont plus longs, notamment parce qu'il y a plus d'instruments donc il y a plus de choses qui se passent. S'ils étaient courts c'est parce que je n'aime pas développer un thème. Quand j'ai une idée de mélodie, j'aime bien qu'elle reste assez brute, donc je préfère soit la répéter ou que ça reste court parce que sinon ça revient à faire de la musique pour faire de la musique, tu as une idée et tu l'exploites au maximum. Enfin ça peut être super mais c'est pas mon truc. Dans ces albums-là, c'était surtout basé sur la mélodie. J'aime bien le côté mélodique parce que pour moi une mélodie c'est comme une phrase. C'est super simple, ou même comme un mot, je ne sais pas comment expliquer... c'est quelque chose d'assez brut, alors qu'on peut voir ça comme quelque chose d'édulcoré. Une mélodie tu la retiens, tu vas t'en servir pour fixer un truc... C'est pour ça que je ne voulais pas les développer.

Ça correspond bien à cette façon de titrer tes morceaux...
Oui, voilà on en revient à ça.

Parce que tu aurais pu les enchaîner dans un même morceau finalement....
Oui, c'est vrai... ça a un rapport avec les titres, ce n'est pas forcément conscient, mais le désir de cadrer...

Comme des petites vignettes...
Oui voilà.

Tu disais dans une interview des Inrocks en 98 que tu avais peur des effets de style, et que c'est ce qui t'empêchait de mettre des ruptures ou des dissonances dans ta musique. C'est toujours le cas?
Ce que je disais surtout dans l'interview... ça tournait autour de "pourquoi tu fais ça, et tu ne fais pas... autre chose" [rires]. Déjà j'aime bien qu'il y ait une certaine distance et un côté un peu froid et... pas très expressif... enfin, j'aime bien garder un peu de pudeur... Et je trouve que si tu recherches la cassure ça revient à un effet de style, enfin pour moi.

Ça n'aurait pas été naturel pour toi...
Oui, donc je ne vois pas pourquoi je l'aurais fait.

Donc ça ne l'est toujours pas, visiblement...
Non, si moi je faisais ça, ce serait un peu complaisant, limite "regardez ce que je peux faire".

Un petit côté "arty"...
Oui, ce serait une pose, quoi. Ce n'est pas mon truc... ça peut l'être mais si je le fais ce sera justifié, ça ne sera pas pour donner un effet. Ce que je voulais dire [dans l'interview] c'est que ça devient vite une pose, et je ne trouve pas que le meilleur moyen de foutre le bordel ce soit de mettre les guitares à fond. Enfin ça peut, mais c'est vachement rare que ce soit naturel. Moi ce que je fais, ça a un côté photo, vignette, chansons... et même si c'est de la musique, ce n'est pas le but en soi : je ne cherche pas à faire de la musique pour de la musique, donc à expérimenter des trucs...

Comment est-ce que tu composes d'ailleurs? Tu pars d'improvisations ou tu es plutôt à écrire avant?
Non je n'écris pas. J'écris après. Je cherche des idées... c'est un peu comme un groupe en répét' sauf que je fais ça tout seul à la maison.

Comment ça s'est passé alors pour Tout est calme avec les Married Monk? Vous travailliez ensemble?
Je suis arrivé avec les morceaux, j'avais quelques trucs de prêt, et puis après on bossait tous ensemble.

Donc la finition était différente, mais à la base ton travail était le même puisque tu travaillais seul en amont.
Sauf que je suis arrivé avec peu d'éléments finalement. C'était assez brut.

T'en as tiré quoi de cette expérience, de faire un album entier avec un groupe?
Je me suis aperçu de ce que j'aimais bien là-dedans, et de ce que j'aimais moins. J'avais jamais travaillé comme ça déjà, donc ça m'a apporté plein de trucs, et ça m'a fait prendre conscience de ce que je pouvais demander aux autres et de ce que je n'avais pas envie de leur demander. Tu vois, ça m'a permis de plus cibler la place donnée aux gens.

Ça sous-entend faire des compromis?
Non, justement. Pour Tout est calme on s'est dit "génial, on rentre en studio et on enregistre tous ensemble". Pour L'Absente, c'était plus réfléchi. Je demandais des choses très précises aux gens. Pour le deuxième morceau avec Lisa Germano par exemple, j'ai eu envie que Dominique apporte un truc à la guitare... C'est totalement différent. J'avais plus conscience de la place que je donnais aux gens. Tout est calme ça m'a appris qu'il y a des domaines où les gens pouvaient vachement m'apporter et puis des choses qu'il fallait que je fasse moi-même.

En parlant de collaboration, comment s'est passé celle avec Bästard [le EP 'Bästard-Tiersen' ]? C'était une rencontre de personnes au départ?
Ça l'est devenu, mais au départ je les avais simplement vus en concert avec Sister Iodine et j'avais beaucoup aimé. Il se trouve que mes premiers albums étaient distribués par Semantic, et que eux aussi étaient chez Semantic. J'en avais parlé à Stéphane d'Ici, d'ailleurs, lui leur en avait parlé et il s'est trouvé qu'eux aussi aimaient ce que je faisais donc on s'est retrouvé 3 jours dans une maison et on a bossé...

Très simplement...
Oui, c'était assez marrant. Le premier jour on n'a rien foutu en plus, moi je débarquais, eux ils étaient 4-5, plus leurs potes... Et on partait de rien du tout, on n'avait rien préparé.

Ça te dérange qu'on trouve beaucoup de tes morceaux sur Napster (sauf le EP avec Bästard)?
Ce qui me dérange dans ce truc-là, c'est que le son est dégueulasse.+

Le son a moins de relief.
Ben oui. C'est rien, c'est comme le CD. Bref, déjà ça ça m'emmerde, et ensuite moi je suis vachement attaché à l'objet donc ça aussi ça me fait chier. Un album c'est un album... tu vois ce que je veux dire? Après le point positif c'est que c'est bien que des gens qui ne puissent pas acheter les albums puissent les entendre.

Ça correspond plutôt à une catégorie de gens qui dépensent déjà de l'argent dans l'achat de disques... Ah oui tu crois? Je ne sais pas... Ce dont j'ai l'impression c'est que quand ça va se vulgariser, les gens téléchargeront tous les mêmes merdes et je suis pas sûr que ce soit positif pour les groupes "inconnus". Pour eux ça ne changera rien. J'ai aussi peur que les "back catalog" n'existent plus et qu'il n'y ait que les nouveautés.

Tu as déjà utilisé Napster?
Ça m'est arrivé une fois, pour écouter le dernier Radiohead [Kid A]. Je l'ai acheté quand il est sorti, et s'il ne m'avait pas plu, je l'aurais acheté quand même.

Par acquis de conscience?
Non, franchement ce n'est pas ça. Je trouve que ça se sentait vachement que le son était compressé, et de toute façon tu ne pouvais pas l'écouter vraiment. Et puis après, c'est peut-être un peu romantique, mais rien que le fait de télécharger des trucs sans écouter, de télécharger des données, ça m'emmerde. C'est comme de graver un CD, ça m'emmerde aussi. Je n'aime pas prendre un fichier, le copier et ensuite l'écouter, sans même avoir la démarche de l'écouter en l'enregistrant. Si t'enregistres un truc, tu l'écoutes pendant que tu l'enregistres, t'as le temps, c'est pas des données que tu copies...

Pour ta tournée, les collaborateurs de l'album seront amenés à faire des passages sur scène?
Oui je pense...

C'est important pour toi, de rebosser un album dans cette optique?
Oui, pour moi, la scène ça concrétise la chose. Je suis vachement attaché à ça, et c'est le moyen le plus direct de faire écouter sa musique. Tu joues et puis les gens écoutent, c'est bien quand même... [rires]

Comment sélectionnes-tu tes collaborations aux albums des autres, ce sont d'abord des histoires de personnes? Tu dois être assez sollicité...
Oui, ce sont des gens que je connais... enfin non pas forcément, j'ai fait un truc pour un groupe de Dub qui s'appelle Ez3kiel, parce que j'aimais bien ce qu'ils faisaient.

C'est sorti?
Ça va sortir, mais je ne me souviens plus du nom du label [Jarring Effects, distribué par PIAS]. C'était marrant, parce qu'après Bästard, c'était la deuxième fois que j'allais à Lyon pour enregistrer, et c'était exactement dans les mêmes conditions. Pour Bästard, c'était dans la maison des grands-parents d'Eric, et là c'était dans la maison des parents du mec du label. Une maison, avec des meubles rococo... c'était super [rires].

Qu'est-ce que tu écoutes en ce moment?
Hier j'écoutais Augustus Pablo, en vinyle, c'est excellent. J'ai bien aimé le GYBE!, c'est un peu systématique au niveau de la structure des morceaux mais bon il y a des trucs super. Sigur Ros j'aime assez aussi. J'aime bien l'album de Teyssot-Gay [sur lequel Marc Sens a également travaillé], même si je ne l'écoute pas tous les jours: c'est pas très gai [rires]. Sinon j'ai écouté le Migala, j'aime bien mais je le trouve un peu... plat. Sinon, Barbara, Brassens, Gainsbourg.

Et le dernier Tortoise [Standards]?
A la première écoute, mis à part Seneca, j'ai trouvé qu'ils avaient pris un coup de vieux, mais à la réécoute, il est vraiment bien.


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